Mardi 26 mai 2020

Bonjour Saint Jo !

Voici un extrait du livre « Le Prophète » de Khalil GIBRAN. Romancier et poète libanais du début du XXème siècle.

Cet extrait évoque la question du don, je trouve cette réflexion particulièrement nécessaire en ce moment !

« C’est peu donner que donner de ce qu’on a.

Le véritable don, c’est donner de soi.

Car que sont tes possessions, sinon des choses que tu gardes et protèges de peur d’en avoir besoin demain ?

 

Et ce demain, qu’apportera-t-il donc au chien trop prévoyant qui enfouit des os dans un sable vierge d’empreintes tandis qu’il suit les pèlerins vers la ville sainte ?

Et qu’est-ce que la crainte du besoin, sinon le besoin lui-même ?

La crainte de la soif devant ton insondable puit n’est-elle pas une soif inextinguible ?

Il y a ceux qui donnent peu de tout ce qu’ils ont et cela pour être reconnus : ce désir caché aigrit leur don.

Et il y a ceux qui ont peu et le donnent tout entier.

Ils croient en la vie et en son abondance, leur coffre n’est jamais vide.

 

Il y a ceux qui donnent avec joie, cette joie est leur récompense.

D’autres donnent en souffrant, et cette douleur est leur baptême.

Il y a ceux, enfin, qui donnent qui donnent sans connaître la souffrance, qui ne cherchent pas la joie, ni ne songent à la vertu ;

Ils donnent comme le myrte exhale sa fragrance dans l’espace, au loin dans la vallée.

C’est par leurs mains que Dieu parle, derrière leurs yeux qu’Il sourit à la terre.

 

Il est bien de donner quand on vous le demande, encore mieux de précéder la requête, à force de compréhension ;

Au généreux, chercher l’être qui veuille bien recevoir est joie plus grande que celle du don.

Et y a-t-il une seule chose que tu voudrais retenir ?

Tout ce que tu as sera tôt ou tard donné ;

Donne donc à cette heure, que la saison du don t’appartienne plutôt qu’à tes héritiers.

 

Tu dis souvent : “j’aimerais donner, mais seulement à qui le mérite.”

Ce n’est pas le langage que tiennent les arbres de ton verger, ni les troupeaux de tes prés.

Ils donnent pour vivre, car retenir c’est périr.

Car qui mérite de recevoir ses jours et ses nuits mérite de recevoir tout ce qui t’appartient.

 

Et y a-t-il plus grand mérite que celui qui réside dans le courage et la confiance, disons-même dans la charité, du recevoir ?

Et qui es-tu que les hommes doivent ouvrir leur cœur, ravaler leur fierté pour te permettre de voir leur valeur  à nu, une fierté qui ne s’effaroucherait-pas ?

Veille donc d’abord à mériter de donner, à être l’instrument  du don.

Car en vérité, c’est la vie qui donne à la vie tandis que toi qui crois donner n’est que témoin.

 

Et vous autres qui recevez – et vous recevez tous – ne faites pas de la gratitude un fardeau, de peur de charger un joug  et sur vous et sur le donneur.

Dressez- vous plutôt avec lui sur ses dons comme sur des ailes ;

Car trop vous rappeler votre dette, c’est douter de la générosité de l’être dont la mère est terre qui ne marchande pas sa chaleur, et dont le père s’appelle Dieu. »

 

A demain !

M. DEFONTAINE